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12ème Rendez-vous APIA, le 4 déc. 2012

La RSE, Responsabilité Sociétale en PME : utopie ou réalité ?

Rôle de l’Administrateur Indépendant

 

Introduction par Frank GENTIN,
Président du Tribunal de Commerce  de Paris


Frank GENTIN rappelle les principales missions du tribunal :
-Suivre le Registre du Commerce des Sociétés : 350 000 sociétés inscrites
-Régler les litiges entre commerçants : 20 000 solutionnés par an, grâce aux 170 juges consulaires.
- Concernant le traitement des difficultés des entreprises, il adresse un message aux Administrateurs Indépendants : « prévenez le plus tôt possible ! »

Accueil par Jean-François LABBÉ, CoPrésident d’APIA
 

C'est avec grand plaisir que notre Association APIA ; que j'ai l'honneur de Coprésider avec Michel Nicolas depuis cette année ; vous accueille aujourd'hui pour ce douzième Rendez-vous en partenariat avec EUROSEARCH & Associés et KPMG .
Venir au Tribunal de Commerce de Paris  sans être en difficulté est un vrai privilège !Merci à son Président Monsieur Frank GENTIN de rendre ce moment possible! C'est d'ailleurs notre mandat d'administrateur indépendant qui nous amène à oeuvrer, au côté du chef d'entreprise, pour le développement et la pérennité de la société qu'il dirige. Cela exige, entre autres, d'être concentré sur l'exercice permanent et quelquefois ingrat qui consiste à imaginer les difficultés possibles pour les éviter.

Mais le sujet qui nous réunit  aujourd'hui est naissant, complexe et, me semble-t-il,  porteur de sens. Pour les PME mérite t- il d'être à l'ordre du jour ?
Je laisse  aux intervenants le soin d'éclairer toutes les dimensions  du sujet de la Responsabilité Sociétale des Entreprises et du rôle que doit tenir un Administrateur Indépendant.

Introduction du sujet par Géraud FONTANIÉ,
Partner Eurosearch & Associés

Cabinet conseil en Ressources de Management

La question  posée ce matin est la suivante : « La RSE chez les PME-ETI : Mythe ou Réalité ? »
Il convient de commencer par définir la RSE. Le choix  retenu est celui de la définition de la Commission Européenne : « L’entreprise doit avoir engagé, en collaboration étroite avec les parties prenantes, un processus destiné à intégrer les préoccupations en matière sociale, éthique, des droits de l’homme et du consommateur dans leurs activités commerciales et leur stratégie de base ».
Par cette définition, l’entreprise s’engage à voir plus large et plus loin, ce qui en fait un sujet du ressort du Conseil d’administration, car ce dernier  est garant de la pérennité de l’entreprise et de sa création de valeur.
L’Administrateur Indépendant est le mieux placé pour y veiller, notamment dans cinq moments importants :
L’examen des risques ;
La validation de la stratégie ;
Le contrôle de performances extra-financier ;
L’évaluation de l’Equipe Dirigeante ;
La formulation du projet d’entreprise.

Témoignage de Gilles BENHAMOU, Président d’ASTEELFLASH
Groupe de sous-traitance électronique 
Gilles BENHAMOU a créé sa société il y a moins de 15 ans pour en faire un groupe  de 6000 personnes, présent dans 8 pays, et dont le CA approche le Milliard d’Euros.
Le virage de l’international a été pris 2007.
Son vrai challenge aujourd’hui est de fédérer des cultures différentes, d’établir un véritable « lien » entre elles.
Dans ce but, il a mis en place dans son groupe un « Code Ethique » couvrant particulièrement l’intégrité, les comportements achats  et la considération de l’environnement.
Dans le souci de partager les meilleures pratiques, ce code définit les valeurs clés qui façonnent l’identité du groupe : Honnêteté et respect, responsabilité pour rendre compte, passion, humilité, désir d’apprendre, simplicité et volonté de gagner.
Un « Code industriel » a été écrit et mis en place sur trois ans dans un souci d’harmonisation mondiale et d’alignement des équipes. Il permet notamment d’évaluer  la progression dans les sites d’indicateurs de qualité, ressources humaines et du « Lean » management.Quant à l’initiative de la démarche RSE, il est convaincu qu’elle appartient au dirigeant lui-même et dans le cas d’ASTEELFLASH c’est lui-même qui l’a portée.


Intervention d’Olivier de GUERRE,
Président de la Société PhiTrust Active Investors
Société de Gestion de portefeuille
PhiTrust Active Investors, Société de Gestion de portefeuille spécialisée dans l’investissement responsable dans les trois domaines « ESG » : Environnement, Social, et Gouvernance.
Olivier de Guerre  constate que les grands investisseurs internationaux considèrent désormais la RSE comme indispensable à la performance de leurs fonds. Il insiste sur le rôle moteur de l’actionnaire, et son intérêt plus marqué pour les sociétés « vertueuses », surtout depuis l’an dernier. Il oppose l’investisseur au « Trader », ce dernier oubliant l’actionnaire.

Une autre évolution sensible mais plus récente est le financement plus facile de l’économie sociale, et la promotion des « entrepreneurs sociaux ». Les principaux critères retenus sont les suivants :
- Bonne gouvernance, signifie d’abord le bon équilibre entre les pouvoirs en présence et l’indépendance des administrateurs ce qui garantit l’absence de conflits d’intérêt, et la capacité de dire « Non » lorsque l’intérêt social de l’entreprise semble menacé.
- Bonne cohésion sociale, naturellement plus forte en PME.

- Bonne évaluation des risques environnementaux.
La RSE est un facteur de succès à intégrer dans la stratégie de l’entreprise, notamment :
- La différentiation
qu’elle permet (marketing), par la prise en compte des besoins y compris solidaires.
- L’image d’innovation sociale et environnementale. Les PME suivent leurs gros clients et participent à leur stratégie dynamique (image publique d’internet),
- l’impact positif sur les agences de notation qui imposent des critères spécifiques aux sous-traitants des grands groupes,
-l’adhésion des salariés au projet d’entreprise,

-l’évolution des rapports des Conseils d’administration avec leurs actionnaires, dans une optique à plus long terme, et un changement de regard sur le rôle de l’entreprise.
Interrogé sur la performance boursière des Entreprises intégrant la RSE , Olivier de Guerre répond qu’il pense
qu’elles ont une performance supérieure  aux autres, mais qu’il faut pour l’instant plus de recul pour l’apprécier.

 

 
Témoignage de Germain CHARIER,
membre du Directoire du Groupe CHARIER

Aménageur du territoire


Germain CHARIER a présidé le directoire de sa société jusque l’an dernier.
Il reste membre du Directoire, en charge du développement durable.
Créée il a 115 ans (4ème génération), elle est restée 100% familiale, et réalise un CA de  280 Millions d’euros, avec 1450 salariés.
Le siège est en Bretagne. De par ses activités (construction des routes, infrastructures, et traitement des déchets), sa société a vécu une nouvelle dimension environnementale au cours des 10 dernières années. Il avoue la réticence du Conseil de Surveillance au moment où il a initié une démarche volontaire d’intégration sur son territoire, convaincu qu’il communiquerait une « image gagnante » sur le long terme.Parmi les actions engagées, il cite avec fierté :
-l’action pédagogique dans les écoles, car : "l’enjeu de la RSE est bien de transmettre des valeurs"
-la promotion de la diversité dans les paysages et l’environnement
-la participation à la culture notamment en soutenant des artistes locaux.
Interrogé sur l’image trop « marketing » de la RSE, il répond qu’elle est devenue
maintenant une réalité, à en juger par les exigences en la matière des grands groupes envers leurs sous-traitants PME.

 


Intervention d’Olivier MILLET,
Président du Directoire d’EURAZEO PME,
Société d’investissement

 Olivier MILLET est Président du Directoire d’EURAZEO PME (anciennement OFI Private Equity, qu’il a fondé en 2005, et coté en 2007 sur Nyse Euronext)
EURAZEO PME est la Filiale d’EURAZEO dédiée aux investissements majoritaires dans les PME/ETI dont la valeur d’entreprise est inférieure à  200 millions d’Euros, et dont le CA est compris entre  50 et 200 Millions d’Euros.
Il préside le Club « DD » de l’AFIC, chargé de promouvoir la démarche ESG au sein de la profession.Il convient que les Fonds d’Investissement peuvent paraître éloignés du Développement Durable.L’administrateur a un rôle à jouer, car il représente l’actionnaire pour 5 à 10 ans. Cet horizon de temps permet d’investir dans la R&D  et de transformer l’entreprise pour la valoriser. Cependant, les indicateurs financiers ne sont plus suffisants.
En effet, l’évolution de la « société civile» et le pouvoir législatif et réglementaire font apparaître la RSE d’abord comme une contrainte.
En fait elle est davantage un sujet de management, profitable aux activités si l’on sait écouter les « signaux faibles » aujourd’hui.Car la RSE est une réelle opportunité de dialogue  dans la chaîne  qui va de l’actionnaire aux clients.Il s’agit de trouver du sens, pour redonner confiance, dans une entreprise      « équilibrée » entre les objectifs financiers et la performance sur le LT.
Comme actionnaire professionnel de LT, Européo PME place la RSE au cœur de sa stratégie d’investissement et d’accompagnement de ses sept participations, dont Dessange International et Léon de Bruxelles.

Des actions mesurables ont été lancées pour « décarbonner » les activités et maintenir l’employabilité des salariés
Interrogé sur l’initiative de la démarche RSE, il répond que c’est plutôt un sujet de Direction générale, et que l’Administrateur indépendant a davantage un rôle de questionnement.


Stéphane DEVIN, Associé Audit, KPMG
KPMG, membre du réseau KPMG international est le premier groupe français de services pluridisciplinaires (audit, expertise comptable, conseil, juridique et fiscal).


Après avoir écouté avec attention les différents témoignages des chefs d’entreprises, investisseurs  et administrateurs, il  voit une certaine unanimité quant à l’intérêt de la mise en place d’une démarche RSE tant du côté des entrepreneurs que des investisseurs.

Les avis sur les obligations en termes de RSE varient :
-    Vague de fond versus effet mode ?
-    La RSE est-elle une véritable nouveauté ou ne faisait-on pas déjà beaucoup de chose ?
-    Est-ce une pure contrainte légale ou y a-t-il des opportunités ?
Il propose, en guise de conclusion à ce Rendez-vous et pour tenter de répondre à ces questions, de
prendre un peu de recul et de s’intéresser aux faits tels qu’ils sont observés chez KPMG qui, depuis près de 20 ans, réalise une étude sur le reporting en matière de RSE  au niveau mondial.  Les  dernières études 2010 et 2011 (étude Amondiale sur 3400 entreprises de toute taille) enseignent ceci :
•    Evolution positive dans la perception du reporting RSE au cours des dix dernières années, la RSE n’est, dans un certain nombre de cas, plus seulement une question d’image mais est potentiellement porteuse de gains financiers pour l’entreprise,
•    une stratégie « Développement Durable » est  déployée dans près de 8 grandes entreprises sur 10, et un peu moins de la moitié des plus petites (de notre échantillon)
•    En France le  nombre de sociétés qui ont fait vérifier leur rapport RSE en 2011 augmente
alors qu’il n’y avait encore aucune obligation 

D’importantes marges de progrès subsistent cependant, il faut :
•    Dépasser les principaux freins à l’essor du DD en entreprise
•    Gagner en fiabilité et en crédibilité : cela est un des objectifs de la vérification par un tiers externe pour fiabiliser le reporting et lui donner plus de crédit auprès des clients, investisseurs et parties prenantes (crédibilité).


Ce qui se dessine à travers ces études, c’est un mouvement de fond, progressif vers l’intégration systématique de la RSE / du DD dans l’entreprise, de l’orientation stratégique jusqu’au reporting. 
Et pour terminer, il insiste sur cette notion de démarche adaptée à l’entreprise y compris en te
rme de reporting RSE.  L’idée n’est pas de plaquer une grille d’information identique pour tous mais bien d’analyser son entreprise et de déterminer les indicateurs qui lui sont pertinents. En moyenne, les entreprises ayant un reporting RSE ne présentent pas plus de  10 à 12 indicateurs, au maximum 15.
La démarche conseillée  à nos clients en matière de reporting RSE, y compris ceux qui ont cette obligations dès cette année, c’est une démarche progressive, adaptée et  pertinente pour leur activité et leur entreprise.


Conclusion : Michel NICOLAS, CoPrésident d’APIA



Tous les ans APIA organise un Rendez-vous qui a deux objectifs :
-    Promouvoir la fonction d’administrateur
-    Augmenter la visibilité d’APIA
Une nouvelle fois notre objectif est atteint !

Beaucoup de choses viennent d’être dites sur un thème qui à priori, dans le contexte actuel aurait pu sembler ne pas préoccuper les patrons de PME et ETI.

En réalité, il en est tout autrement car à travers la RSE nous venons d’entendre que tant au plan : Légal, Economique et  Social, il y a une réelle réflexion autour de l’objectif premier de l’entreprise qui est de
créer de la richesse.Le Conseil d’administration dont la compétence  est notamment d’identifier les risques, les opportunités stratégiques et les valeurs de l’entreprise se doit d’intégrer cette nouvelle dimension dans sa réflexion et ses orientations.La RSE n’est pas née hier ; depuis plus d’un siècle la RSE de l’entreprise se construit dans les pays occidentaux, par exemple :
1. certains patrons expliquent qu’on ne peut performer économiquement sans se soucier du social
2. les états se préoccupent de réglementer les pollutions et d’organiser le recyclage.


De fait, donner un nom RSE  (Responsabilité Sociétale des Entreprises),  et normaliser permet de faire entrer plus avant ces sujets dans la conscience et les pratiques collectives.
Il n’y a pas de mode d’emploi, de règles générales, ou de recette miracle.C’est à chacun avec ses équipes de déterminer de manière très sélective les quelques projets qui peuvent apporter de la valeur et /ou réduire les consommations et les dépenses, ou améliorer la fluidité entre parties prenantes.
L’avenir reste donc à écrire ; nous le ferons dans chacune de nos entreprises…
Nous vous proposons de répondre à un questionnaire destiné à recueillir votre expérience et à enrichir la conclusion du cahier APIA  n°20 : « L'Administrateur Indépendant et la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) en PME-ETI » accessible sur le site APIA.


Cette matinée fut riche en enseignements et en échanges, je tiens à remercier tous les intervenants, les participants et tous les membres du comité de pilotage chargé de son organisation.

en partenariat avec
Eurosearch & Associés et KPMG
 
 
Dernière modification : 14/11/2014

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